Union Européenne : 75 % des entreprises européennes anticipent une amélioration de la qualité de l’emploi
Selon une enquête Eurobaromètre publiée par la Commission européenne, 42 % des PME et entreprises à moyenne capitalisation interrogées utilisent déjà l’intelligence artificielle ou des systèmes de gestion algorithmique. Mais les coûts, l’incertitude juridique et le manque d’expertise freinent encore leur adoption.
L’intelligence artificielle s’installe progressivement dans les entreprises européennes, y compris dans la gestion du personnel. C’est ce que révèle la nouvelle enquête Eurobaromètre consacrée à l’IA et à la gestion algorithmique dans les petites et moyennes entreprises (PME) et les entreprises à moyenne capitalisation. Publiés à l’occasion du Mois européen de l’innovation dans le domaine de l’IA, ces résultats mettent en évidence à la fois les attentes des entreprises et les questions que soulève l’automatisation des décisions au travail.
L’IA gagne du terrain dans la gestion des entreprises
Selon l’enquête, 42 % des entreprises interrogées utilisent déjà l’intelligence artificielle et la gestion algorithmique, le plus souvent à titre limité ou expérimental. Parmi celles qui ne les utilisent pas encore, 21 % prévoient d’y recourir à l’avenir.
Les applications dépassent le seul service à la clientèle. Si 47 % des entreprises interrogées utilisent ces technologies dans leurs relations avec les clients, 36 % s’en servent pour surveiller les performances et la productivité. La logistique, la planification des activités et l’organisation des effectifs représentent également des domaines d’utilisation importants, cités par 30 % des répondants.
La gestion algorithmique désigne les outils numériques qui assistent les responsables dans l’organisation du travail et dans leurs décisions concernant les tâches, les horaires, les performances ou les effectifs. Ces systèmes peuvent reposer sur l’IA ou sur d’autres technologies. Certains automatisent des décisions, tandis que d’autres formulent des recommandations que les responsables restent libres de suivre ou non.
Un optimisme qui repose encore sur le contrôle humain
Les entreprises interrogées expriment des attentes positives : 61 % estiment que l’IA les aide à prendre des décisions et 75 % pensent que l’IA et la gestion algorithmique amélioreront la qualité de l’emploi.
La place de la décision humaine demeure néanmoins centrale. Selon l’enquête, 90 % des entreprises indiquent que les décisions sont prises par des personnes, tandis que seulement 2 % déclarent recourir à des systèmes entièrement automatisés.
Ces résultats soulignent un enjeu essentiel : l’amélioration de la productivité ne garantit pas, à elle seule, une amélioration des conditions de travail. L’effet de ces outils dépend aussi de la manière dont ils sont intégrés dans l’organisation, de la place laissée au jugement humain et des possibilités offertes aux travailleurs de comprendre ou de contester les décisions qui les concernent.
Roxana Mînzatu, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée notamment des droits sociaux, des compétences et des emplois de qualité, insiste sur cette dimension humaine. Pour elle, l’optimisme des entreprises doit se traduire par des investissements dans les compétences, la protection des droits des travailleurs et le contrôle humain des décisions liées à l’emploi.
Coûts, incertitude juridique et compétences : trois obstacles majeurs
L’adoption de ces technologies se heurte encore à plusieurs difficultés. La moitié des entreprises interrogées citent les coûts d’investissement élevés (50 %). L’insécurité juridique constitue un obstacle pour 49 % d’entre elles, tandis que 48 % mentionnent le manque d’expertise.
La confiance représente également un défi. Près de la moitié des entreprises interrogées (49 %) déclarent ne pas faire confiance à l’IA ou aux systèmes automatisés pour prendre des décisions concernant la main-d’œuvre ou les questions de personnel.
Cette réserve est particulièrement importante dans les domaines où les décisions peuvent affecter les horaires, l’évaluation des performances ou les conditions d’emploi. Une recommandation algorithmique peut influencer une décision même lorsqu’un responsable humain conserve formellement le dernier mot. La question n’est donc pas seulement de savoir si une décision est automatisée, mais aussi comment elle est contrôlée et expliquée.
L’Union européenne prépare de nouvelles règles sur la gestion algorithmique
La Commission européenne rappelle que le règlement général sur la protection des données (RGPD) et le règlement européen sur l’intelligence artificielle établissent déjà un cadre destiné à protéger les droits fondamentaux et à favoriser une IA sûre et centrée sur l’humain.
Une future loi sur les emplois de qualité doit aller plus loin en apportant davantage de clarté aux entreprises et en renforçant la protection des travailleurs face à la gestion algorithmique. Lors de la deuxième phase de consultation sur cette initiative, les partenaires sociaux européens ont été invités à exprimer leur point de vue sur les mesures à prendre au niveau de l’Union.
Pour Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive chargée de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie, l’enjeu est de permettre aux entreprises européennes d’intégrer l’IA de manière sûre, afin d’améliorer leur productivité et la qualité de leurs services, dans le respect des normes européennes.
Transformer les promesses en bénéfices concrets pour les travailleurs
Les résultats d’une enquête Eurobaromètre publiée en février 2025 montraient déjà une perception plutôt favorable des technologies numériques : 62 % des Européens considéraient positivement les robots et l’IA au travail, et 70 % estimaient qu’ils amélioraient la productivité. Toutefois, 84 % jugeaient nécessaire de gérer ces technologies avec prudence afin de protéger la vie privée et de garantir la transparence sur le lieu de travail.
Cette attente fait écho aux résultats de la nouvelle enquête auprès des entreprises. L’IA est perçue comme un levier potentiel de performance et d’amélioration de l’emploi, mais son déploiement soulève des questions de confiance, de compétences et de responsabilité.