JAPON : À Kyoto, 17 pays appellent à une nouvelle ère de la science avec l’intelligence artificielle
Réunis au Japon pour le 23e forum Science and Technology in Society, les ministres de 17 pays ont adopté la « Kyoto Vision for a Golden Age of Science ». La déclaration mise notamment sur la superintelligence, de nouvelles formes de financement et le développement des talents scientifiques.
Une nouvelle vision internationale de la recherche scientifique prend forme au Japon. Réunis le 4 octobre 2026 à Kyoto, à l’occasion de la 23e réunion annuelle du Science and Technology in Society (STS) Forum, les représentants de 17 pays ont approuvé la Kyoto Vision for a Golden Age of Science , selon la Maison Blanche.
La déclaration entend renouveler les systèmes scientifiques et renforcer leur capacité à produire de nouvelles connaissances. Elle accorde une place importante aux progrès de l’intelligence artificielle, désignée dans le document sous le terme de « Super Intelligence » (SI).
La superintelligence au service de la recherche
La déclaration estime que les progrès de la SI ouvrent de nouvelles possibilités pour accélérer la découverte scientifique. Elle évoque notamment l’utilisation de systèmes capables de raisonner sur de vastes ensembles de connaissances, de construire des modèles plus précis de systèmes physiques et biologiques et de conduire des processus de découverte expérimentale autonomes.
Les ministres souhaitent ainsi favoriser une intégration réfléchie de ces technologies dans les pratiques scientifiques et élargir l’accès des chercheurs aux outils d’IA, aux données scientifiques, aux capacités de calcul et aux infrastructures expérimentales.
Cette évolution pourrait modifier non seulement les outils utilisés par les chercheurs, mais également la manière dont certaines recherches sont conçues et conduites.
Repenser les institutions scientifiques
La Kyoto Vision ne se limite toutefois pas à l’introduction de l’IA dans les laboratoires. Les signataires appellent également à faire évoluer les institutions qui organisent et financent la recherche.
Ils recommandent notamment de diversifier les mécanismes de financement, avec des programmes de longue durée, des financements rapides ainsi que des prix et des concours destinés à soutenir des travaux innovants.
La déclaration encourage également l’expérimentation de nouveaux modèles institutionnels offrant différents niveaux d’autonomie, de ressources et d’orientation aux équipes scientifiques. Les signataires mettent par ailleurs en avant la métascience, définie comme un domaine qui utilise des méthodes empiriques pour améliorer la manière dont la science est conduite, organisée et financée.
La confiance scientifique reste centrale
Malgré l’accent mis sur les nouvelles technologies, le document insiste sur les conditions nécessaires au maintien de la confiance dans la recherche.
Les signataires réaffirment l’importance de la rigueur et de l’intégrité scientifiques, ainsi que de recherches reproductibles et transparentes. Ils soulignent également la nécessité de communiquer les erreurs et les incertitudes, de maintenir une évaluation par les pairs impartiale et de reconnaître la valeur des résultats négatifs ou nuls.
L’essor de l’IA ne doit donc pas conduire à abandonner les mécanismes qui permettent de vérifier et de discuter les connaissances produites.
Investir dans une nouvelle génération de chercheurs
La déclaration accorde également une place importante aux talents scientifiques.
Les pays signataires souhaitent identifier et soutenir plus tôt les étudiants et les chercheurs en début de carrière afin de leur donner les moyens et la liberté nécessaires pour conduire des recherches ambitieuses.
Le texte rappelle également que les progrès technologiques ne reposent pas uniquement sur les idées scientifiques. Ils nécessitent des personnes capables de faire fonctionner, d’entretenir et d’améliorer des instruments scientifiques complexes.
Les signataires encouragent donc davantage de formations pratiques, ainsi que des programmes doctoraux communs, des bourses et des partenariats permettant aux chercheurs d’évoluer dans différents environnements scientifiques.
Une initiative portée par les États-Unis
La déclaration a été portée notamment par Michael Kratsios, directeur de l’Office of Science and Technology Policy de la Maison-Blanche.
Pour Washington, l’utilisation de la superintelligence dans la recherche pourrait profondément modifier la manière dont les découvertes scientifiques sont réalisées. Michael Kratsios estime que cette évolution nécessite également de renouveler les institutions de recherche et leurs mécanismes de financement.
Cette orientation s’inscrit dans le rapport « Science: A New Golden Age », présenté en juillet 2026 au président américain. Ce document propose notamment de développer l’IA pour la science, les laboratoires autonomes, les modèles scientifiques spécialisés et de nouvelles infrastructures de vérification.
17 pays signataires
La Kyoto Vision for a Golden Age of Science a été approuvée par : Argentine, Bulgarie, Chili, Chypre, Allemagne, Grèce, Indonésie, Italie, Japon, Kazakhstan, République de Corée, Nouvelle-Zélande, Pologne, Singapour, Émirats arabes unis, Royaume-Uni et États-Unis.
Cette diversité géographique donne à la déclaration une dimension internationale, même si le document reste une vision commune et un engagement politique, plutôt qu’un traité créant des obligations juridiquement contraignantes.
Vers une science augmentée par l’IA
La Kyoto Vision dessine ainsi une évolution qui dépasse la simple automatisation de certaines tâches scientifiques. Elle envisage une recherche dans laquelle l’IA pourrait participer à l’analyse des connaissances, à la modélisation, à la conception d’expériences et, progressivement, à des processus expérimentaux autonomes.
Mais le document place cette transformation dans un cadre plus large : les institutions, les modes de financement et les compétences scientifiques doivent eux aussi évoluer.
À Kyoto, les 17 pays signataires ont ainsi associé deux transformations : celle des outils scientifiques par l’intelligence artificielle et celle des structures qui organisent la production des connaissances. La question sera désormais de savoir comment cette nouvelle capacité technologique pourra être intégrée à la recherche tout en préservant les exigences de rigueur, de transparence et d’intégrité qui fondent la confiance dans la science.